17-18 Février 2021 : HEARD la magnifique

Lorsqu’un méandre du jet stream vient s’accoupler avec une dépression australe en formation sur le front polaire, lieu des contrastes thermiques les plus intenses, cela génère une tempête explosive de la force d’un ouragan. Menu météo de ce 17 février, par ailleurs jour anniversaire de Sara: un baromètre à 967 mbar, rafales de plus de 90 Noeuds et vagues de 10, voire 12 m.

Nous réfléchissons à toutes les options possibles pour pouvoir travailler malgré cet aléa majeur et ne pas prendre trop de retard sur notre planning. Toutes les options possibles sont envisagées avec l’équipe Genavir, le commandant et les différents modèles météo : fuir, contourner, subir « à la cape », se mettre à l’abri. Optant pour cette dernière solution, nous faisons route vers le nord-est de l’île de Heard afin de faire les stations prévues à son voisinage immédiat dès l’aube suivante. La motivation scientifique de cette exploration très côtière est de bien caractériser la nature de la source d’éléments chimiques produits par l’érosion de l’île. En effet, soumises à de violentes intempéries, Heard (une petite île australienne avec un volcan actif culminant à 2750 m) et sa petite voisine MacDonald (que nous irons peut-être voir au retour) sont soupçonnées de fertiliser les eaux du plateau des Kerguelen par la libération d’éléments nutritifs et de métaux en traces. Encore faut-il le démontrer avec et des analyses d’eau, de particules, de sédiments et des traceurs de source. On se rapproche au plus près possible, par des fonds de 80m : les moteurs stoppent, le bateau à la cape pour patienter toute la nuit : rafales de vent avec des accélérations impressionnantes dues aux effets de relief de l’ile sur l’aérologie locale, grains de neige et grésil, mais nous sommes en position plutôt confortable pour dormir. Malgré la météo fâcheuse et grâce à une mobilisation exceptionnelle des équipes scientifiques et de l’équipage, nous enchainons pompes, bathysondes « propre » comme « standard » et carottages dans une ambiance intense et fébrile car prélever par petites profondeurs signifie de fréquents aller-retours ! 

Et tout cela dans un décor incroyable. Au petit matin, Heard se laisse encore désirer, on aperçoit par ci par la un bout de falaise au gré des fenêtres dans les nuages et la brume. Nous sommes déjà admiratifs, traquant le bas du glacier et le moindre caillou battu par des vagues blanches de vent, même si un peu frustré de ne pas voir « le haut ».  Mais le couvercle semble bien installé. A 13h, nous partons au nord-ouest de l’île pour tenter une deuxième alors que les rafales ne mollissent toujours pas et que la pression enregistre des valeurs plus basses de 10mb environ par rapport aux prévisions. Autre vue sur l’île, un petit isthme de roches multicolores se découvre tout doucement. Là encore, conditions assez musclées pour déployer les bathysondes et réaliser des carottages (ah les petites carottes de Manu et Elena !). Ambiance intense à bord. Le vent tourne, forcit un peu, les conditions semblent se redégrader, nous décidons de repartir vers notre abri initial. C’est alors que le ciel se déchire sous les vents hurlants et la mer blanche. En un instant, l’île se dévoile dans une lumière bleue et verte, les contrastes poussés à l’extrême avec les glaciers qui tombent dans la mer. Instant magique, euphorique, électrique à bord, où malgré le froid et le vent, tout le monde reste sur le pont à admirer ce spectacle unique. Heard la magnifique mille fois photographiée dans sa gangue de glace et de neige. A ses pieds, la mer toujours soufflée de rafales qui n’en finit pas de projeter des embruns en arc en ciel. Et pour finir, le volcan nous a offert un panache de fumée ! Journée incroyable qui restera gravée en mémoire. Il est des moments de vie ou le temps n’a plus ni sens ni durée. Quelques secondes, peut-être minutes d’euphorie ou tout s’arrête, l’esprit si vide et si vivant à la fois, anesthésie ou overflow des sens par la beauté pure. Heard la magnifique, merci !

Ile de Heard  @Corentin Clerc
Ile de Heard. A ses pieds, la mer toujours soufflée de rafales qui n’en finit pas de projeter des embruns en arc en ciel. @Christophe Cassou
La mer soufflée de rafales et un pétrel à menton blanc @Christophe Cassou

Auteurs: Catherine Jeandel, Hélène Planquette et Christophe Cassou.

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