11 février 2021 : Une question d’attitude

Il est entendu que les marins se déplacent sur la surface des océans et que par conséquent ils vivent dans un monde à deux dimensions. Géographes et navigateurs se sont d’ailleurs depuis longtemps accordés sur un système de coordonnées où chaque point du globe –y compris la basilique Saint-Pierre à Rome– est repéré par un doublet unique composé d’une latitude et d’une longitude. L’arpenteur des mers évolue ainsi à une altitude nulle, non par la piètre qualité de son raisonnement ou par sa conversation ennuyeuse, mais par pure convention. 

Ceci posé, tout sujet au mal de mer soutiendra que la réalité est autre. A la manière du personnage carré (A. Square) dans « Flatland : Fantaisie en plusieurs dimensions », allégorie géométrique de Edwin A. Abbott, il tentera d’exposer, devant ses congénères bidimensionnels sceptiques, sa douloureuse intuition de l’existence d’une dimension supérieure.  

Si le voyage en mer peut être propice à la réflexion métaphysique, une campagne scientifique aura en revanche tôt fait de rapporter au préalable toute question à sa dimension métrique. Tout se mesure, et parmi les nombreux capteurs équipant le Marion Dufresne, il en existe notamment un capable de trancher cette question qui pourrait si l’on y prend garde rapidement tourner au débat théologique à bord : la centrale d’attitude

Cette centrale inertielle enregistre à chaque instant les mouvements de tangage, roulis ainsi que de déplacement vertical (pilonnement) du bateau. Un rapide examen des enregistrements permet de conclure avec certitude à l’existence d’une dimension verticale. Pire, depuis notre départ il y a 25 jours, nous nous sommes élevés 265371 fois (et jusqu’à 14m en quelques secondes) parcourant 480 km cumulés vers le ciel, sitôt redescendus.  

Si l’on savait l’Océan Austral un peu hors du monde, accessible seulement au terme d’un long voyage, on ne se doutait pas forcément que celui-ci nécessiterait de s’élever au-delà de l’orbite de la station spatiale internationale !

Mercredi nous attendons un coup de vent au large de Crozet dépassant nettement les précédents avec une hauteur significative des vagues annoncée supérieure à 10m.  Les considérations orbitales précédentes permettront sans nul doute de reprendre un peu de hauteur au creux de la vague.

Vue d’ensemble du local de serveurs du Marion Dufresne.
@Frédéric Vivier
Centrale d’attitude, fixée sur une dalle de marbre. Elle est le référentiel pour tous les appareils du bord. @Frédéric Vivier

Plus d'actualités

Journal de bord

4 mars 2021 : Le PC scientifique et les cheffes de mission

On a très peu mentionné le poste de commandement (PC) jusqu’à présent et c’est pourtant un des points névralgiques du navire, surtout pour les scientifiques (et Martin). C’est du PC que partent les commandes de descente-montée-fermetures des rosettes, c’est au PC que se décident les orientations stratégiques, c’est le PC qui est envahi d’écrans de […]

04.03.2021

Journal de bord

3 mars 2021 : Nostalgie et grâce

La nuit dernière nous avons franchi le 40eme parallèle, cette fois porte de sortie des célèbres rugissants éponymes. Dans le sillage, quelques pétrels à menton blanc, un fuligineux et notre fidèle Serge, ce grand albatros qui nous suit de longue date… peu nous importe que ce soit lui ou un cousin, il s’appelle toujours Serge.  […]

03.03.2021

Journal de bord

23 février 2021 : Nuit d’aurores

Cette nuit, le quart est assez calme. En transit dans le secteur le plus sud de la section, on se dirige vers la station 57 (56°24 S – 78°23 E). Je (Catherine) remplis le logbook, dans une douce routine nocturne. Vers 2 h, Manu arrive au PC. « Vous avez vu comme la nuit est claire […]

23.02.2021

Rechercher